Jacques Cousteau a plongé ici deux fois — et les deux fois, il a failli ne jamais remonter. La fontaine n'a pas livré son secret.
Joseph Plotz / CC BY 3.0, via Wikimedia CommonsFontaine-de-Vaucluse
“Là où la terre garde ses secrets à 308 mètres de profondeur”
Fontaine-de-Vaucluse, comme personne ne le raconte.
Pas les cartes postales. Les histoires que même les habitants ignorent — soufflées à l'oreille, là où elles se sont passées.
Le poète qui a inventé le sonnet d'amour moderne a passé seize ans ici à s'obséder pour une femme à qui il n'a jamais parlé seul à seule.
La Sorgue alimentait autrefois onze moulins à papier dans cette vallée. Le dernier a fermé au XXe siècle — et quelqu'un l'a relancé.
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L'histoire de Fontaine-de-Vaucluse
Fontaine-de-Vaucluse est posée au fond d'un gorge creusée par l'une des sources les plus puissantes du monde. Le village — quelque 650 habitants — est là où naît la Sorgue, jaillissant d'un puits dans la falaise qui descend à 308 mètres dans le calcaire provençal. La plupart de l'année, la source reste en dessous de son propre bord, formant une piscine profonde aux eaux bleu-vert qui ne trahit rien. En hiver, après les pluies ou la fonte des neiges du Mont Ventoux, tout change : l'eau monte, franchit le rebord, et la Sorgue enfle en torrent audible depuis la place du village.
L'endroit a attiré les obsédés depuis sept siècles : le poète Pétrarque, qui y a passé seize ans à écrire le Canzoniere ; Jacques Cousteau, qui a failli mourir en cherchant son fond ; un plongeur spéléo allemand descendu de nuit sans autorisation ; et un poète résistant qui organisait des parachutages dans les collines alentour. La source a résisté à tous. Son fond n'a finalement été atteint non par un homme, mais par un robot, en 1985.
Une vallée fermée
Le nom latin Vallis Clausa — vallée fermée — décrivait parfaitement la géographie : un gorge scellé à une extrémité par une falaise, d'où l'eau surgissait sans source apparente. Le village s'est développé autour de cette anomalie. Au VIe siècle, l'évêque de Cavaillon, saint Véran, aurait chassé un dragon appelé la Coulobre de la Sorgue — la plus ancienne trace écrite de la place de la source dans l'imaginaire humain, conservée par Grégoire de Tours.
Pétrarque, 1337–1353
En 1337, le poète italien Francesco Pétrarque s'installe ici à l'invitation de son ami Philippe de Cabassoles, évêque de Cavaillon, dont le château fortifié — bâti vers 1030 — commandait la vallée depuis la falaise. Pétrarque crée un jardin au bord de la Sorgue, constitue une bibliothèque d'une ampleur remarquable et produit des textes fondateurs de la Renaissance italienne : l'Africa, le De vita solitaria, le Secretum. Il poursuit également le Canzoniere, ses 366 sonnets adressés à Laure de Noves, une dame entrevue dans une église d'Avignon le 6 avril 1327. Elle mourut, comme il le nota dans un manuscrit, le 6 avril 1348 — exactement 21 ans plus tard. Il quitta Fontaine-de-Vaucluse en 1353 et ne revint jamais en Provence.
Papier et industrie
Le débit extraordinaire de la Sorgue rendait la vallée commercialement vitale. Le premier moulin à papier — le Moulin du Martinet — ouvrit en 1522. Au XVIIIe siècle, onze moulins employant cinq cents personnes bordaient les rives, produisant du papier grâce à la même source qui avait inspiré les sonnets de Pétrarque. Des filatures de soie, de laine et des teintureries fonctionnaient en parallèle. L'industrie déclina aux XIXe et XXe siècles. En 1973, le dernier moulin survivant fut relancé sous le nom de Vallis Clausa — un moulin à papier en activité utilisant des techniques du XVe siècle.
L'exploration et la question de la profondeur
La première descente documentée remonte à 1879, quand Nello Ottonelli atteignit 23 mètres avec un équipement de plongée lourd. Jacques Cousteau plongea en 1946 (46 mètres, manquant de mourir d'une intoxication au monoxyde de carbone) et en 1955 (74 mètres, la limite humaine à l'air). Le plongeur spéléo allemand Jochen Hasenmayer atteignit 200 mètres en 1982, seul, de nuit, après s'être vu refuser un permis. Des robots ont finalement résolu la question : le Modexa 350 toucha un fond sableux en 1985 à 305 mètres.
La Résistance
Pendant l'Occupation, la vallée de la Sorgue abrita des réseaux de Résistance. Le poète surréaliste René Char, né à L'Isle-sur-la-Sorgue, dirigeait des unités du Maquis sous le nom de « capitaine Alexandre », coordonnant des largages d'armes tout en ne publiant rien. Ses manuscrits de guerre — aux côtés d'œuvres de Picasso, Matisse et Éluard — sont aujourd'hui conservés au Musée d'Histoire Jean Garcin 1939–1945, dont la scénographie a été conçue par Willy Holt, décorateur de La Grande Évasion.
La source (La Fontaine)
Le chemin vers la source remonte la Sorgue depuis le village — 800 mètres sous les platanes, longeant les terrasses de restaurant. La vasque au bout se love contre une paroi en demi-cercle ; en été elle est calme et d'un bleu saisissant. En automne tardif et en hiver, l'eau déborde le rebord et emplit le gorge. Le contraste entre ce que voient les visiteurs estivaux et ce que voient les visiteurs hivernaux est radical. Venez après la pluie si vous le pouvez.
Moulin à papier Vallis Clausa
Situé sur la Sorgue juste avant le chemin menant à la source. Entrée gratuite. Des artisans démontrent le processus complet du XVe siècle — chiffons, cuve, forme, presse — et les visiteurs peuvent fabriquer une feuille de papier. Le moulin conserve également des équipements d'impression typographique et lithographique anciens.
Château des Évêques (ruines)
La résidence d'été fortifiée du XIe siècle des évêques de Cavaillon se dresse sur la falaise au-dessus du village. Accès par un chemin raide ; les ruines sont ouvertes à la visite. La vue sur la source et le gorge est la meilleure accessible depuis les hauteurs.
Musée-Bibliothèque François Pétrarque
Construit sur l'emplacement de la maison de Pétrarque, le musée réunit environ 3 500 livres et une collection de dessins, estampes et manuscrits liés à Pétrarque et à Laure. Il documente également le poète René Char, dont le lien avec la vallée s'est prolongé au XXe siècle. Ouvert d'avril à septembre ; entrée 7 €, tarif réduit 4 €.
Musée du Monde Souterrain — Collection Norbert Casteret
Hommage au spéléologue français Norbert Casteret (1897–1987), présentant 400 cristallisations de cavernes qu'il a collectées au cours de cinquante ans d'explorations, dans un décor souterrain reconstitué grandeur nature. Visites guidées en français d'environ 40 minutes.
Musée d'Histoire Jean Garcin 1939–1945
Documente l'Occupation et la Résistance en Provence, avec des manuscrits originaux de René Char, Picasso, Matisse, Max Jacob et Paul Éluard. La scénographie est d'une ambition inhabituellement élevée pour un musée régional.
Canoë sur la Sorgue
Plusieurs opérateurs près du pont proposent des canoës pour la descente vers L'Isle-sur-la-Sorgue (8 km, environ 2 heures). Réservez à l'avance en juillet et août.
Pour la source au plus dramatique
L'hiver et le début du printemps — de novembre à avril — sont les périodes où le réservoir karstique se charge après les pluies et la fonte des neiges, et où la Fontaine de Vaucluse déborde de sa falaise. Le débit peut dépasser 100 m³/s, contre une moyenne de 21. Le fond de la vallée s'inonde et le son porte. Les jours de semaine en décembre ou janvier amènent très peu de visiteurs.
Pour le village lui-même
Mai et début juin offrent un temps agréable, la source portant encore un peu du débit hivernal, et une fréquentation supportable. Septembre présente les mêmes avantages à l'autre bout de l'été.
Ce qu'il vaut mieux éviter
Juillet et août : la population permanente de 650 habitants est rejointe par un tourisme estival dense. Le chemin vers la source se remplit de monde et se garnit de stands de souvenirs. La source elle-même est à son niveau le plus bas et le moins spectaculaire en plein été — une vasque immobile plutôt qu'un torrent.
Marchés
Le jeudi matin : Fontaine-de-Vaucluse accueille un petit marché sur la place du village.
Comment y accéder
Fontaine-de-Vaucluse se trouve à 30 kilomètres à l'est d'Avignon et à 7 kilomètres à l'est de L'Isle-sur-la-Sorgue. En voiture : prendre la D25 depuis L'Isle-sur-la-Sorgue (10 minutes). Il n'y a pas de train direct ; la gare la plus proche est L'Isle-sur-la-Sorgue sur la ligne TER depuis Avignon. De là, un taxi prend environ 10 minutes. Un bus régional (réseau Zou!) relie Avignon à Fontaine-de-Vaucluse plusieurs fois par semaine, trajet d'environ 45 minutes — vérifiez les horaires à l'avance car la fréquence est limitée.
Stationnement
Parking payant dans tout le village et sur les routes d'accès. Comptez environ 4 € pour 2 heures. Le parking est complet rapidement les week-ends d'été ; arrivez avant 10h ou après 15h. Plusieurs parkings sont indiqués sur la D25 avant le centre du village.
Tarifs d'entrée
- Chemin vers la Fontaine : gratuit, accessible à toute heure.
- Moulin à papier Vallis Clausa : gratuit.
- Musée-Bibliothèque Pétrarque : 7 € plein tarif, 4 € réduit. Gratuit le samedi et dimanche matin en juillet et août pour tous, et toujours gratuit pour les habitants du Vaucluse.
- Musée du Monde Souterrain (Norbert Casteret) : renseignez-vous sur place pour les tarifs actuels.
- Musée d'Histoire Jean Garcin 1939–1945 : géré par le département du Vaucluse ; consulter vaucluse.fr pour les tarifs actuels.
Location de canoës
Plusieurs opérateurs près du pont louent des canoës pour la descente vers L'Isle-sur-la-Sorgue (8 km, environ 2 heures). Réservez à l'avance en juillet et août.
- Quand est-ce que la source déborde le plus spectaculairement ?
- La Fontaine de Vaucluse déborde après les fortes pluies et la fonte des neiges d'hiver, généralement de novembre à avril. Le débit de pointe enregistré dépasse 100 m³/s. En été, le niveau baisse et la source devient une vasque immobile — impressionnante par sa couleur, mais beaucoup plus calme. Pour voir la version dramatique, venez entre décembre et mars.
- Quelle est la profondeur de la Fontaine de Vaucluse ?
- Le point le plus profond atteint dans le siphon est de 308 mètres, par le robot Spélénaute en 1989. Le fond a été touché pour la première fois par le robot Modexa 350 en 1985 à 305 mètres. Aucun plongeur humain n'est descendu en dessous de 250 mètres. Jacques Cousteau a atteint 74 mètres en 1955 — la limite pratique de la plongée à l'air.
- Pétrarque a-t-il vraiment vécu à Fontaine-de-Vaucluse ?
- Oui. Pétrarque s'est installé à Fontaine-de-Vaucluse en 1337 et y a vécu par intermittence jusqu'en 1353, date à laquelle il a quitté la Provence définitivement pour l'Italie. Il y a construit une maison sur les rives de la Sorgue, aménagé un jardin, constitué une importante bibliothèque personnelle et rédigé plusieurs de ses grandes œuvres. Le Musée-Bibliothèque François Pétrarque occupe l'emplacement de sa maison.
- Le moulin à papier Vallis Clausa est-il ouvert aux visiteurs ?
- Oui, et l'entrée est gratuite. Le moulin fonctionne selon les techniques de papier chiffon du XVe siècle et les visiteurs peuvent voir le processus complet et fabriquer leur propre feuille. Il se trouve sur la Sorgue entre le parking du village et le chemin menant à la source.
- Peut-on visiter Fontaine-de-Vaucluse sans voiture ?
- C'est possible, mais cela demande de l'organisation. La gare la plus proche est L'Isle-sur-la-Sorgue (TER depuis Avignon, environ 20 minutes). De là, un taxi jusqu'à Fontaine-de-Vaucluse prend environ 10 minutes (7 km environ). Un bus régional (réseau Zou!) relie également Avignon plusieurs fois par semaine, trajet d'environ 45 minutes. Consultez le site Zou! pour les horaires actuels.
- Quel est le bassin souterrain qui alimente la source ?
- La Fontaine de Vaucluse est l'unique point de sortie d'un aquifère karstique couvrant environ 1 100 km². Il collecte les eaux de pluie et de fonte des neiges du Mont Ventoux, des Monts de Vaucluse, du Plateau d'Albion et de la Montagne de Lure, les filtrant dans le calcaire pendant des mois ou des années avant qu'elles n'émergent à la source. Le débit annuel est de 630 à 700 millions de m³ — sept fois plus que toute l'eau potable distribuée dans le département du Vaucluse.